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Le selfie en communication politique : fausse bonne idée ? - Communication discrète
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Le selfie en communication politique : fausse bonne idée ?

Le selfie en communication politique : fausse bonne idée ?

Il est à la mode… Il fait jeune, web… Ou pas. Quoi ? Le selfie… ou quand les politiques se prêtent à l’autoportrait, à ce qui aujourd’hui est bien souvent, à tort ou à raison, considéré comme la quintessence du narcissisme virtuel. Analyse critique de quelques selfies politiques, et de leur pertinence en communication politique.

« Je selfie donc je suis ? »… mais demande-t-on à un politique d’être ?

Des dangers du selfie

Le selfie est, il faut l’admettre, assez peu utilisé dans la communication politique. Pourquoi ? Parce qu’il est dangereux : se prendre en selfie, c’est toujours se contempler dans ce beau miroir filtré et lissé qu’est l’écran du smartphone, et jouer les Narcisse. Et si l’on considère la fin du mythe, on se noie aisément dans son reflet… Aussi aisément que l’on perd dans le selfie la vocation initiale de tout politique : servir autrui et agir dans la vie de la cité. Le selfie cadre sur le moi, et dans ce hors-temps d’observation de soi, d’auto-théâtralisation, la personnalité politique, démiurge d’elle-même, n’agit plus et se fige dans un hors temps photographique.

Ce danger, de quitter le temps du réel pour sombrer dans celui de la virtualité et de l’admiration de soi, est parfaitement traduit par le selfie de Barack Obama lors de l’enterrement de Nelson Mandela.

Cependant, l’expert en communication politique qu’est l’ex-Président des États-Unis, s’il n’a pas fait preuve de bon sens (et de décence) dans ces circonstances, n’a pas lui-même partagé la photographie sur ses canaux de diffusion. C’est ici l’acte lui-même du selfie qui est contesté, de la même façon qu’Emmanuel Macron a pu critiquer les « photos » de Marine Le Pen auprès des ouvriers de Whirlpool, pendant la campagne présidentielle :

Selfie, outil de diffusion plus que de communication ?

Le selfie est-il donc un réel outil de communication politique ? L’on peut s’interroger. Et s’il était davantage une arme de diffusion et de réseau que de communication à part entière ?

Pourquoi faire un selfie ? Pour partager son image, mais pour la plupart des personnes lambda qui prennent des selfies avec des politiques, il s’agit aussi d’« exister comme un prolongement de la popularité » de la personnalité politique. De ce fait, ce n’est pas sur les réseaux sociaux des politiques que se trouvent leurs selfies, mais sur ceux des militants. Peu importe que ces selfies soient commandités par une équipe de communication, comme ce fut le cas pour celui d’Hillary Clinton, l’essentiel, c’est la diffusion de l’image.

L’objectif sera de montrer un lien de proximité, voire une complicité et un lien direct avec la masse, par l’entremise de l’objet écran qu’est le smart phone. La hiérarchie est, l’espace d’un instant, abolie, pour faire place à une forme d’instantanéité et spontanéité en réalité ultra travaillées. Libre ensuite aux militants de partager leur selfie, et de répandre leur soutien auprès de leur communauté virtuel, afin de catalyser et de soutenir la force et d’un mouvement politique. Le politique a-t-il encore une identité sur ces selfies ? Non, il est une marque, une signature visuelle apposée à la photographie qui valide et justifie la diffusion. C’est ce que Raphaël Enthoven nomme « l’esthétique du nain de jardin ».

Dualité selfique : se montrer ou s’effacer ?

La question qui se pose est la suivante : dans un selfie, l’essentiel est-il dans le premier plan ou l’arrière plan. Est-il dans le lieu ou dans les personnes ?

Moi d’abord… pour les autres ?

Merci à toute l’équipe @enmarchefr !

Une publication partagée par Emmanuel Macron (@emmanuelmacron) le

Il serait subversif d’indiquer qu’Emmanuel Macron est ici le nain de jardin de sa propre communication. C’est ne pas rendre justice à ce cliché qui est une réussite en matière d’impact et de likes. Cependant, deux interprétations sont possibles. La première, négative, revient à analyser qu’Emmanuel Macron est bien une signature de premier plan qui va à l’encontre même de la mise en valeur de l’équipe et du message véhiculé par le selfie. Car ne nous y trompons pas : le selfie de Macron dit une chose, « moi d’abord », moi au premier plan, et mon équipe ensuite. C’est une hiérarchisation pyramidale photographiée, et parfaitement mise en scène. Met-elle réellement l’équipe en avant ? Non, elle est au second plan… et l’on peut lui substituer tout autre visuel. Le premier plan domine tout.

La seconde interprétation, positive, serait l’acceptation de la caricature de soi-même au nom du groupe(puisque le selfie est aussi un outil de déformation) et de l’enlaidissement du visage d’Emmanuel Macron au nom d’une photo qu’un jeune aurait pu prendre de ses amis. Le côté #mateam est mis en valeur par la légende et finalement, tout en restant sérieux au niveau de l’habillement plutôt costumes 3 pièces, l’on aboutit à une communication équilibrée, qui ose une forme d’innovation tout en restant assez institutionnelle. Néanmoins, l’on pourra malgré tout s’interroger sur la nécessité d’user du selfie : la primauté de l’ego n’est-elle pas trop forte ? L’interprétation ne prête-elle pas à risque ?

Moi d’abord… pour l’intime

Justin Trudeau, expert en image et en communication, use très rarement du selfie, et dans un contexte qui est ici particulier : un moment (faussement) capté sur le vif, de bonheur et de partage avec ses proches (et de dégustation d’une pomme #nature). Selfie d’un intime maîtrisé, laissant la place à une émotion et des sentiments assumés (l’amour) et uniquement lié à une vision people du politique, l’image subvertit, l’espace d’un post, la figure politique, pour faire affleurer l’humain au premier plan, sans la maîtrise parfaite de communicants institutionnels et du photographe officiel, mais sans prendre de risque non plus, puisque ce dévoilement de la vie « pseudo-privée » du personnage politique est cadré par le principal intéressé et lié à un événement pour lequel le professionnel n’est pas engagé : l’anniversaire de son épouse.

Sources d’informations générales sur le selfie :

 

Anne-Catherine Baechtel

anne-catherine.baechtel@orange.fr