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Les professeurs, des (communicants) politiques idéaux ? - Communication discrète
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Les professeurs, des (communicants) politiques idéaux ?

Jules Ferry et professeurs politiques

Les professeurs, des (communicants) politiques idéaux ?

Ils sont critiqués, dénigrés, sous payés (même si 2017 = augmentation), presque autant que la classe politique, et pourtant, si l’on y regarde de plus près, les hommes et femmes politiques actuels auraient beaucoup à apprendre d’eux. Pourquoi les professeurs feraient-ils d’excellents (communicants) politiques ? Réponse en dix commandements.

 

1. « Fais ce que tu dis, dis ce que tu fais »

Inutile de s’y appesantir : le besoin de justice, d’action concrète et légitime par l’autorité en place est aussi essentiel pour un professeur que pour un politique. Dire sans action, c’est faire des promesses inconsidérées de campagne impossibles à tenir. Agir sans dire, c’est risquer de se heurter à l’ensemble des citoyens, et générer des lenteurs, des grèves temporaires et des râleries incessantes qui remettent en question l’autorité en place. Conséquence : manifestation ou chaos scolaire. Pour conserver son autorité, autant miser sur une ligne directrice (si imparfaite soit-elle) à laquelle se tenir coûte que coûte, quitte à être considéré comme un professeur « chiant » à court terme, mais efficace à moyen-long terme.

 

2. « Agis en fonctionnaire de l’État de façon éthique et responsable »

De l’intégrité, de l’exemplarité, une tenue qui fait le moine et un comportement tout aussi monacale, c’est à peu près ce qui est demandé à l’ensemble des jeunes candidats au CAPES lorsqu’ils passent cette sacro-sainte épreuve ajoutée au CAPES dans les années 2010. Dans l’ensemble des compétences (morales) à acquérir pour devenir professeur, il faudra donc « faire partager les Valeurs de la République ». Tout un programme d’intégrité (et pas seulement de surface) qui vous évitera les petites casseroles comme Bygmalion, l’affaire Gayet ou DSK (un professeur est toujours sexuellement raisonnable).

 

3. « Movere docere placere » : Aristote et Cicéron are here

Émouvoir (rire ou pleurs, c’est dpam), enseigner, et éduquer. Une trinité qu’il est possible de transposer dans le domaine de la politique : sans émotion, compassion, sans la volonté d’agir pour ses concitoyens en situation critique, il est en effet très difficile de justifier une idée politique par des arguments purement pragmatiques. Sans doute la raison pour laquelle suite aux grandes crises de l’actualité, l’on attend presque obligatoirement une réaction de la part des hommes politiques. Cela ne change absolument rien aux faits, mais cela rassure quelque peu de savoir qu’ils ont conscience de la gravité de la situation, compatissent (« souffrent avec »). Quant au charisme, au « plaire », il exerce sur la classe comme sur l’ensemble des citoyens une certaine attraction. Enfin, pour ce qui est de « docere », Justin Trudeau expliquant la physique quantique ne me contredira pas.

 

4.Des connaissances encyclopédiques (notamment littéraires), tu montreras

Sur ce point, quelques uns me démentiront. Il est vrai qu’il paraît que lire La Princesse de Clèves n’est pas très utile. Mais pour une bonne communication, lire L’Adieu aux armes d’Hemingway est bien utile, puis écrire et publier un ouvrage donne une certaine classe (et remplit les comptes de campagnes). Puis pour une ministre de la culture, il est conseillé d’avoir lu Modiano (surtout s’il obtient le Prix Nobel). Enfin, la petite citation d’une grande figure littéraire ou philosophique a un côté plutôt élégant, doucement vieille France tout en s’inscrivant dans un héritage culturel qui fait autorité. Preuves par les tweets :

 

5. Esprit de synthèse, es-tu là ?

Tout professeur à qui il reste 5 minutes pour terminer sa séance dans une classe qui attend impatiemment la sonnerie comprendra aisément toute la gymnastique de clarté et de concision qu’il est nécessaire d’effectuer, pour en 5 minutes, extraire la substantifique moelle de 40 minutes d’étude passionnée en 2 phrases, puis compléter le cahier de texte, en tenant compte de la lenteur réelle ou factice de son public et du bavardage de Manon et Gauthier. Cette même réactivité et clarté est attendue dans le débat public d’aujourd’hui, en particulier sur les réseaux sociaux qui permettent une immédiateté inédite. D’où des infographies explicatives des principales actions menées ou à mener (une leçon en quelque sorte) et une pédagogie politique (que d’ailleurs beaucoup n’ont pas).

 

6. Les TICES tu utiliseras

Découlant directement de l’action éthique du professorat (c’est l’une des compétences), les nouvelles technologies de l’information et de la communication doivent être liées à l’enseignement : prof oui, mais prof moderne ! Tout est donc envisageable : snapchat pour capter l’attention des jeunes par exemple (même quand on est un vieux).

 

7. Éduquer, c’est répéter et s’adapter à son public

Meetings, rendez-vous militants, grands publics,… il faut pour l’enseignant comme le politique très fréquemment passer par une répétition des idées et des leçons, tout en les adaptant au public face auquel l’on se place. De préférence, l’on ne communiquera pas de la même manière à des moins de 30 ans et à des soixantenaires, d’abord parce que les centres d’intérêt ne sont pas les mêmes, mais aussi le vocabulaire et la rhétorique à employer. On fera attention aussi à ne pas confondre l’Alsace et l’Allemagne (mais ça, c’est une remarque très personnelle)

 

8. Gérer les urgences sans manifester son stress

Le rétroprojecteur KO alors même que votre séance est fondée sur la diffusion d’un extrait du Malade imaginaire, la gestion-gendarme d’une classe moralement épuisé par la peur infligée par le professeur d’Histoire-Géographie alcoolisé, ou physiquement par le cours d’EPS, l’alerte incendie qui sonne en plein milieu de la rédaction… Il faut gérer au mieux des contraintes dont on est pas maître, et réussir malgré tout à capter l’attention de l’ensemble de la classe, tout en évitant de partager (via le fameux effet miroir) le stress que l’on ressent intérieurement.

 

9. Créer des séquences (communicationnelles)

Sur les réseaux sociaux, au vu du risque de perte de sens à force de courir après des informations tout azimut, la mise en place de plans de communication est devenue une nécessité pour cadrer ce flux. Et qu’est-ce qu’un plan de communication, sinon à peu près le doublon de la séquence pédagogique, avec ses objectifs (à court, moyen et long terme) et son échelon gravi vers la Présidentielle 2017, en quête de voix supplémentaires ?

 

10. Toi-même, tu resteras

Tous les bons professeurs vous le diront, impossible de jouer un rôle pendant une année scolaire complète. S’il faut agir en tant que professeur, il est nécessaire de conserver une part d’humain, car après tout, l’enseignement est une transmission d’humains à humains. L’absence de sincérité ou le masque total de sa personnalité mène à une théâtralisation et une forme de mensonge auxquels les élèves sont très sensibles (déjà qu’ils s’imaginent qu’un professeur ne mange pas), tout comme les citoyens.

(et le 11. pour ceux qui en doutaient encore : la confrontation souvent bien frontale au réel et l’écoute… Situations familiales ou financières difficiles, questionnements sur la religion, la drogue etc. Sans stigmatiser, ni idéaliser cette profession, le professeur accompagne, et tente d’amener ses élèves à devenir des citoyens… Certes, pas pendant un quinquennat, mais 1an, c’est déjà une belle oeuvre politique, et qui a le mérite de tenir ses promesses !)

Anne-Catherine Baechtel

anne-catherine.baechtel@orange.fr