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Pourquoi un(e) élu(e) doit communiquer sur les attentats - Communication discrète
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Pourquoi un(e) élu(e) doit communiquer sur les attentats

... et pourquoi les attentats ?

Pourquoi un(e) élu(e) doit communiquer sur les attentats

Pour certains, cela peut paraître obligatoire. Pour d’autres (encore aujourd’hui), à quoi bon puisque cela ne concerne pas leur territoire bien délimité ? Depuis 2015, les attentats et attaques terroristes font l’objet d’un traitement médiatique et communicant particulier, qui peut s’apparenter (pour le second) à une communication de crise, bien codifiée. Cela semblera, par certains aspects, mécanique et répétitif, mais nous tenterons ici de prouver une fois pour toute, que cela est définitivement essentiel lorsqu’on se dit « personnalité politique », sur les réseaux sociaux.

Plan :

I. Pourquoi communiquer ?

II. Une organisation bien cadrée entre communications de la personnalité politique et de l’institution qu’elle représente

III. Les difficultés de cette com’ de crise un peu spéciale

I. Pourquoi communiquer ?

1. Parce que c’est humain

Manifester de la compassion pour l’autre, c’est aussi se considérer comme l’égal de cet autre… et comme l’écrivit si bien Montaigne « Sur le plus beau trône du monde, on n’est jamais assis que sur son cul ». Sans doute, cela ne vous mettra pas en valeur à titre personnel, et aucun ego ne saurait en être flatté, mais n’est-il pas plus essentiel de rester humain plutôt que d’être un fantoche à selfies d’un bonheur superficiel ?

2. Parce qu’être élu(e), c’est aussi être à l’écoute, et conscient(e), du monde qui vous entoure

Vous n’avez pas été élu(e) parce que vous étiez aveugle et insensible au monde et aux personnes que vous côtoyez. Quelle que soit votre partition sur l’échiquier politique (à moins que vous ne soyez opportuniste), vous avez été élu(e) parce que vous aviez la conviction (plus ou moins orientée vers le pragmatisme) de pouvoir faire évoluer ou changer ce monde. En ce sens, vous avez un devoir, essentiel. Celui de ne pas fermer les yeux, de ne pas vous aveugler, même si la réalité est atroce. Qu’un post de condoléance ne corresponde pas à la ligne éditoriale joyeuse et victorieuse que vous vous êtes choisie n’est pas un argument : les circonstances vous obligent.

3. Parce que vous êtes un(e) représentant(e) de l’Etat

En tant que représentant(e) de l’Etat, vous avez encore un autre devoir vis à vis des citoyens qui vous ont élu : vous êtes aussi le garant d’une cohésion nationale susceptible de défaillir face à ces crises, et qui dépasse tout clivage politique. A vous, donc d’élever votre voix pour montrer que l’ensemble des chaînons, du plus petit au plus grand, de l’Etat fait face, en conscience.

4. Parce que ces mots constituent aussi une forme de catharsis et de reconnaissance

Face au choc émotionnel et à une forme de traumatisme suscité par les attentats, il y a dans les réactions qui suivent les attentats quelque chose de l’ordre de la caisse de résonance pour vos concitoyens. Un post, les likes, les RT, commentaires ou partages sont aussi un moyen pour eux d’exprimer leurs propres réactions et d’avoir cette maigre consolation de la solidarité, de la fraternité et du partage de la tristesse. Exprimer, dire le ressenti, c’est aussi ne pas retourner la violence des gestes contre nous. C’est partager l’émotion pour ne pas tout garder dans l’impassible et froide carapace de son être, et de la société dans son ensemble et ne pas marginaliser l’événement.

II. Une organisation bien cadrée entre communications de la personnalité politique et de l’institution qu’elle représente

Peu à peu, les rôles de l’institution et des personnalités politiques sur les réseaux sociaux se sont mieux définis, et aujourd’hui, l’on assiste, en particulier dans le cadre de crises aussi importantes que celle des attaques terroristes, à une codifications des rôles de chacun.

1. Communication politique : le message humain et incarné

La personnalité politique a cette grande qualité de pouvoir exprimer, sur ses réseaux sociaux, des émotions humaines, que l’institution aura plus de mal à prendre en charge. C’est ce message qui est donc attendu d’elle : dire le ressenti face à cette réalité, exprimer.

Si la personnalité politique est élue, elle porte une institution qui la dépasse, et en est aussi le porte-parole : en ce sens, le partage ne peut être qu’unilatéral. C’est le cabinet qui publie le message d’hommage aux victimes, et c’est ensuite l’institution qui partage le message de son porte-parole. Le compte Twitter de @PlaceBeauvau a ainsi partagé les posts d’Emmanuel Macron et de Gérard Collomb suite à l’attaque à main armée du 12 mai au soir :


L’on remarquera ici, et dans les deux cas, la présence forte du « je », mais d’un je qui est aussi un miroir de « tous les Français », d’un « nous ».

2. Communication institutionnelle : partage et message informatif

Quant à la communication institutionnelle, son rôle sera davantage de partager le mot de son principal représentant, l’élu(e), comme nous l’avons mentionner auparavant, mais aussi d’informer, avec rigueur et précision, et en opérant à une mise à jour régulière des informations si son territoire est concerné.

Ce fut le cas par exemple pour ce post, rédigé à partir du 13 novembre, et qui faisait état, principalement, des informations fournies par la Préfecture de Seine-et-Marne ainsi que le Ministère de l’Intérieur :

L’information est sans affect, mais permet aux citoyens de constater la présence (et les réponses, notamment en commentaires) de l’institution dans ce contexte de crise. A ceci s’ajoute, aujourd’hui, régulièrement, l’appel au bon sens des citoyens quant à la diffusion et la circulation de fausses nouvelles, comme ce tweet :


Ces informations brutes et volontairement objectives, la personnalité politique pourra les partager également sur son propre compte Twitter (plus immédiat qu’un réseau tel que Facebook, hormis en usant du direct, qui pourrait permettre aujourd’hui, dans certaines circonstances d’informer en créant pour l’occasion une forme de journal de crise localisé… ç’aurait pu être une option envisageable suite aux événements du 13 novembre 2015). afin d’en étendre la diffusion à ses followers en temps réel.

III. Les difficultés de cette com’ de crise un peu spéciale

Pourquoi est-il cependant très délicat d’évoquer les attentats ou attaques terroristes sur les réseaux sociaux ?

1. Exigence et instantanéité obligatoires

via GIPHY

Rédiger un message concernant une attaque ou un attentat nécessite a minima que l’information soit vérifiée par des instances de référence (information en interne, AFP, institutions). Par ailleurs, elles engagent les communicants politiques (et institutionnels) à une veille quasi-permanente, et si possible à plusieurs, au vu de l’impossibilité pour une personne physiquement et humainement constituée d’être connectée 24h/24. Inutile de rappeler également qu’aucun terroriste ne se préoccupera jamais de vos 35 heures bien menées, du fait que ce soit samedi soir ou de votre week-end en amoureux prévu depuis 5 mois. Néanmoins, en s’informant les uns les autres ou en créant un réseau de veilleurs pour les informations prioritaires, il est possible de réagir rapidement sans être hyper-connecté en continu. Ce n’est donc pas une excuse valable.

Il ne s’agit pas non plus d’une course à celui qui tweetera le plus vite. Mesurer ses mots et leur impact n’en reste pas moins essentiel, comme toujours lorsque l’on souhaite communiquer avec cohérence, dans un savant équilibre entre rapidité et précision de l’expression, sur le fond et la forme. Réagir à chaud, c’est prendre le risque de partager ou contribuer à de fausses rumeurs ou d’user de mots que l’on regrettera ou dont on n’assumera pas la portée plus tard. En être conscient et assumer son discours reste donc essentiel, même dans un laps de temps très court.

2. De l’action ? Non, une réaction

Communiquer sur les attentats ou les attaques terroristes ouvre une brèche dans la communication politique traditionnelle. Qu’est-ce qu’un attentat sinon un constat d’échec sociétal et national ? Un échec qui nous engage tous, en tant que membres responsables de cette société, et les politiques élu(e)s en première ligne, dans les pouvoirs que leur confère la démocratie. Le meurtre, le crime, l’ultime tabou a été perpétré, et l’ensemble de la société (même les politiques) n’a pas été en mesure d’écarter cette action. Et si l’on parle facilement de ses réussites, parler de ces échecs-là n’est pas évident. Car au fond, un post d’hommage aux victimes et aux familles touchées est un post d’une forme d’impuissance. Soit, une impuissance qui n’est pas forcément due à de la mollesse, et qui nous appelle à continuer d’agir et de lutter par nos moyens personnelles. Mais comment, sans sombrer dans le fatalisme, ne pas voir toujours aussi cet impitoyable facteur « hasard », qui fait que même en voulant proposer un cadre de vie protégé, en agissant au mieux de nos capacités, certains individus sortent du cadre pour se radicaliser et commettre l’irréparable… et que cette personne a malheureusement croisé des personnes qui avaient la vie devant elles.

3. Des mots qui ne soigneront pas

A ce constat s’ajoute encore l’une des limites du langage humain. Les mots eux-mêmes sont impuissants. Ils ne soigneront pas, ils ne pourront jamais apaiser la douleur de ceux qui ont perdu l’être qu’ils ont aimé. L’on pourra même les interpréter comme une volonté de se donner bonne conscience, parce qu’ils ont quelque chose de rituel et normé. « Mes pensées vont à… », « J’exprime ma tristesse et mon soutien le plus sincère »… Tous ces mots, aussi compatissants soient-ils ne feront jamais revenir les victimes, et ne pourront apaiser la douleur ressentie. Tout au plus seront-ils une forme de reconnaissance politique, humaine et institutionnelle de ceux qui souffrent ou ont souffert… mais c’est déjà ça !

4. Le danger de la récupération politique

Enfin, en tant que personnalité politique, commenter un attentat, c’est prendre le risque d’être accusé (ou de céder aux sirènes) de récupération politique. Retenue, respect et pudeur s’imposent dans les mots, à moins qu’on ne veuille délibérément mettre de l’huile sur le feu, comme le font certains.

Anne-Catherine Baechtel

anne-catherine.baechtel@orange.fr