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Portrait officiel d'Emmanuel Macron : stylisation du mâle - Communication discrète
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Portrait officiel d’Emmanuel Macron : stylisation du mâle

Bas du portrait officiel d'Emmanuel Macron

Portrait officiel d’Emmanuel Macron : stylisation du mâle

C’est l’image dont l’Histoire se souviendra : le portrait officiel. Protocolaire, ou révolutionnaire ? Humain ou déifié ? Cérébral ou trivial… ou les deux à la fois ? Ce portrait ouvre indéniablement l’ère Macron, et nous donne une certaine idée non pas de la France, mais de la manière dont son gouvernant principal souhaite investir le pouvoir, et se convertir en Homme d’État. Analyse d’une forme de communication politique élevée à l’état d’Art officiel.

N.B. : Publié en exclusivité sur internet, le portrait officiel d’Emmanuel Macron a déjà fait coulé beaucoup d’encre, affolé les clics et les logarithmes. Il ne sera pas ici question d’en analyser (cela a déjà été fait ailleurs, notamment ici, et ici) chaque détail (subtilement) choisi par son équipe de communicants, mais de réfléchir à la vision globale de l’Homme d’État que souhaite incarner le nouveau Président de la République.

Classicisme contemporain du médiateur

Il est simpliste de relever ici tous les lieux communs actuels pour décrire la volonté communicante et politique d’Emmanuel Macron et de coller ces clichés au portrait officiel de Soizig de la Moissonnière : jupitérien, monarque moderne, « maître du temps et des horloges »… Tout a été calculé, évidemment, et chaque détail sciemment étudié, afin de légitimer ce dithyrambe désormais trop habituel. La particularité de ce portrait relève de sa construction. Si l’esthétique n’en est pas minimaliste, au vu du nombre d’objets qui y sont plus ou moins discrètement représentés comme des attributs du pouvoir républicain, elle mise sur un certain classicisme : c’est une véritable « photo à la française » taillée comme des allées de buis, en lignes symétriques, avec en son centre le visage de face, solaire et optimiste, du protagoniste.

Il en ressort une cohérence rigoureuse, mettant sur le même plan Europe et France, et en son centre, ce trait d’union humain incarné (selon le portrait) par Emmanuel Macron. Mais il s’agit surtout aussi, pour le Président, d’être l’élément transcendant, vertical, qui de son regard horizontal et vaste, nous mène plus haut, et tend à élever, dans son sillage, l’État français. L’élévation est matérialisée par les lignes verticales du portrait, qui semble ouvrir vers un avenir bleu ciel et verdoyant : celui de l’arrière-plan. Le président n’est pas enfermé, hors d’atteinte de l’extérieur, et de la France elle-même. Il est l’Hermès, le messager parfaitement photoshopé, jouant sur les deux tableaux, côté cour et côté jardin, autant l’humain compatissant que la divine incarnation du pouvoir. Il est autant le start’up président (avec un élément publicitaire : le Iphone, dont la France aurait pu se passer, mais qui est aussi révélatrice de l’inscription dans son temps du personnage) que l’incarnation présidentielle de la Ve République, poursuivant l’héritage de ses prédécesseurs, notamment d’un De Gaulle, lui aussi « au-dessus des partis »…

Pourtant, s’intéresser à cette esthétisation extrême, c’est omettre une partie du tableau (et du corps) et faire oeuvre de Tartuffe (ne nous cachons pas ce « sein ») : le bas.

Un portrait « couillu » : le pouvoir du sexe ?

Le portrait aurait pu s’arrêter à la ceinture. Il descend plus bas. Pourquoi ? D’aucuns répondront, à cause des mains, de ces mains nervurées, puissantes et amples qui prennent appui avec force sur le bureau et les fastes de la République. Soit. Il n’empêche que la prestance verticale (phallique ?) de tour Eiffel humaine, la marque du pouvoir, jusque dans les veines de ces mains, elle, est bien donnée par le bas du portrait. Il n’y a qu’à s’imaginer une femme dans la même position, jambes écartées (même si l’on ne peut certes pas accuser Emmanuel Macron de manspreading) pour percevoir le genre masculin du cliché. Le slip français, récupérant un peu du buzz et de la notoriété du président, s’en amuse par une parodie marketing et tient une part de vérité. C’est bien la représentation d’un homme qui « porte le caleçon » :


Le contraste est saisissant, d’un point de vue corporel, entre les mains marquées, et le visage lissé par Photoshop. L’on perçoit aussi une force terrestre, vitale et stable : une force incarnée par un homme, qui n’a pas seulement les attributs de la culture, les livres, la connaissance et le lissage sociétal qu’induit l’éducation, mais aussi « le sexe fort ». Un mâle alpha, en première ligne, travailleur et combatif dans son bureau policé, de ceux que les autres reconnaissent sans même que l’éloquence ou toute autre subtilité ne soit nécessaire, telle est aussi l’image qui veut être donnée ici. Car s’il est vrai que l’association du pouvoir et du sexe est toujours un risque (Dominique Strauss-Kahn en est l’illustration), ce lien semble pour l’heure quasi-indéfectible. Une femme aurait-elle pu en faire de même ? La question ne se pose même pas. La communication politique (même numérique) ne s’accorde pour l’heure qu’au genre masculin, et le créneau des femmes y est assez restreint (prochain sujet de réflexion). Elles font actes de présence, certes, mais sans parvenir à imposer tout à fait une identité et une signature féminine à leur communication et à leur identité politique.

Cadré plus haut, ce portrait aurait pu être simplement celui d’un humaniste au regard optimiste vers l’avenir. Plus bas, il est celui d’un homme bien défini, dont l’identité politique ne nie pas le genre, mais l’affirme au contraire pour en faire l’un des point d’appui de son pouvoir, primitif mais efficace.

Derrière le « je pense (intelligemment) donc je suis (Président) » de l’héritier de Descartes surnage un reliquat d’autorité « j’ai des couilles donc je gouverne ».

Ainsi, ce portrait est autant celui rationalisé, esthétisé et civilisée du personnage protocolaire et démocratique que l’expression primitive et masculine du pouvoir. Le portrait ne dit pas si, comme Le Mâle de Jean-Paul Gaultier ou le destin funeste de Julien Sorel, cette vision d’Emmanuel Macron ne délivrera qu’un fumet excessivement musqué et puissant mais sans saveur et à l’attraction contestable sur la durée ou s’appréciera plus subtilement sur la longueur…

Anne-Catherine Baechtel

anne-catherine.baechtel@orange.fr