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Donald Trump, le roi de la galette twiterrienne ? - Communication discrète
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Donald Trump, le roi de la galette twiterrienne ?

Donald Trump, le roi de la galette twiterrienne ?

Ce que Donald Trump nous dit de la personnalité politique (et de son bouton)

Il est de bon ton aujourd’hui en France de critiquer voire de détester cordialement Donald Trump… Et c’est d’autant plus simple que cette caricature qui semble tout droit sortie des pires blockbusters d’Hollywood prête le flanc pour se faire battre, ou plutôt le (gros) bouton.

Simple ? Simpliste. Et rassurant. Car ce n’est pas en France qu’on élirait un tel guignol, reprendrons-nous, la main sur le cœur, le front haut, le nez pincé et l’air condescendant observant le lointain spectacle transatlantique de la décadence capitaliste et néolibérale de la figure de l’homme d’État, devenu un PDG doté de tous les vices de l’humanité, égoïste, vil, capricieux, protectionniste, prêt à tout (jusqu’aux plus longues poignées de mains) pour abaisser ses rivaux et « make America great again ».

Pragmatiquement, l’on ne peut que réprouver un tel enfantillage, qui fait que deux êtres portant en leurs mains le redoutable pouvoir de la bombe nucléaire, Kim Jong-Un et Donald Trump, en viennent à se traiter de vieux gâteux ou à comparer la taille de leur bouton d’activation d’un fléaux de l’humanité. La comparaison graveleuse est évidemment dans tous les esprits, et si nous nous épargnons de vérifier l’état de marche des dits-boutons, les twittos ne s’y sont évidemment pas trompés :

Un machisme définitoire de la personnalité politique ?

Néanmoins, il y a aussi dans cette personnalité polarisée à l’extrême et caricature d’elle-même une part de vérité qui est aussi transposable dans le pays des Droits de l’Homme et du Citoyen… et une vérité qui a cours depuis des siècles. Celle qui fait de l’affirmation virile, et machiste l’un des attributs du pouvoir. Dans le jeu politique, n’y-a-t-il pas souvent, masqué par un semblant de civilisation et un discours policé, un reliquat de l’idéal du chef masculin, de l’homme fort, autant sur le plan physique (que moral) ? C’est du moins cette image que mettent en avant des personnalités telles que Poutine par exemple. Et même concernant Emmanuel Macron, dans son portrait dont nous avions souligné la stylisation excessivement masculine et dont les éléments symboliques ont été longuement analysés, n’y avait-il pas un reconstruction visuelle (royale ?) de l’homme fort, celui qui n’hésite pas à mettre les poings sur la table et à avoir du cran ?

Puis pourquoi tout ne serait-il pas permis à l’homme de pouvoir ? N’est-ce pas la définition même du machiavélisme ? Pas tout à fait, mais c’est celle qui a arrangé bien des hommes politiques, Dominique Strauss-Kahn le premier dans un domaine très boutonneux mais plus strictement privé. Machiavel définit le fait que la nécessité d’État justifie la prise de décisions extraordinaires et amorales pour la conservation du pouvoir. L’homme d’État doit « ne pas s’écarter du bien s’il le peut, mais savoir entrer dans le mal s’il le faut »… Le problème de Donald Trump est, de ce point de vue, la mesure : en quoi la diplomatie, art des plus subtil, nécessite-t-elle ses formules tapageuses et belliqueuses pour  se faire entendre avec force ? Pourquoi cette prise de risque non nécessaire ? Quelle est la nécessité d’un tweet sur la taille des boutons, mis à part l’importance individuelle que semble revêtir cet attribut pour le président des États-Unis lui-même et qui transpose le conflit entre deux puissances nucléaires au rang des querelles de cours de récréation ?

Est-ce alors un pur machisme associé au pouvoir ? Or, ce dernier n’est pas qu’une tare made in USA : il est aujourd’hui encore prégnant dans la classe politique française, si l’on considère par exemple le site « Chair collaboratrice », et nous en avons encore vu les touches plus ou moins délicates lors de la campagne électorale de 2017 (n’oublions pas le (si délicat) commentaire de François Fillon à l’égard de Léa Salamé). La justification du pouvoir apparaît encore trop souvent masculine : un homme de poigne est magnifié; une femme de poigne est quant à elle déconsidérée ou vivement critiquée. Sa représentation aussi n’a pas encore trouvé d’équivalent féminin fixé… et certaines femmes sont alors contraintes, pour acquérir d’une forme de légitimité, de se cacher (l’exemple du chignon de Marlène Schiappa, secrétaire d’État à l’égalité Femmes-Hommes, est révélateur à cet égard). Mona Chollet mentionne bien cette difficulté dans son ouvrage Beauté fatale : les nouveaux visages de l’aliénation féminine : elle explique le faible intérêt des femmes pour la politique (même si les choses évoluent) par la peur de « faire pousser une paire ».

Narcisse virtuel et médiatique assumé

Par ailleurs, les tweets de Donald Trump révèlent aussi ce que l’on oublie trop facilement. Le milieu politique n’est pas celui de la méritocratie, et le charisme et la popularité font mieux remporter une élection que le niveau intellectuel des candidats. Or, dans une société portée en partie par le divertissement, il n’est pas étonnant que la personnalité politique devienne aussi (volontairement ou non), un objet de divertissement médiatique, en même temps que son propre outil pluri-média (avec ses formes d’expression, ses angles et ses publics cibles).

L’on suivra ainsi Donald Trump, fou du roi et roi du fou sur Twitter, non pas pour ses actions politiques, mais avant tout pour ses clashs avec les médias ou ses déclarations critiques. Et mine de rien, c’est lui qui aura gagné, même en inspirant les pires badbuzzs twitteriens : son point de vue, son tweet condamnable, sera relayé par des milliers de personnes à travers le monde, et commenté même au sein d’un si discret site sur la communication politique. Il aura ainsi contribué, en 280 caractères, à la perpétuation d’une e-réputation trash et peu modérée, et qui en paraît d’autant plus spontanée que même le plus idiot des communicants politiques de seconde zone le censurerait immédiatement au nom de la bienséance. Néanmoins, en focalisant l’attention sur lui, Donald Trump détourne peut-être notre intérêt pour d’autres informations tout aussi essentielles que celles qu’il diffuse : en cela, il est roi. C’est lui qui est le maître de la hiérarchisation et de l’angle des informations qu’il diffuse, même s’il dépend aussi de la réaction de sa communauté sur les réseaux sociaux. Mais nous sommes une manne de potentiels messagers ultra-réactifs… et susceptibles de noyer d’autres messages malgré nous, et par ricochets.

Alors oui, quelquefois, l’on aimerait bien que certains boutons soient entre de meilleurs mains, et que ceux qui les détiennent fassent preuve d’un sens de la responsabilité dans leur capacité d’analyse et de réflexion (au niveau du cerveau humain, non de l’entrejambe). Oui, les mots de Donald Trump ne sont que des mots… et pour l’heure l’action qui les suit n’a pas eu lieu.

Pourtant, ces mots, même dérangeants, posent problème parce qu’ils existent et peuvent mener à des réalités terribles, et porter en leur main le destin de milliers de personnes. Ils ont la fâcheuse tendance de plaire aussi à une partie des soutiens de Donald Trump. Et cela mérite qu’on ne caricature pas si rapidement cet ovni politique, et qu’on le questionne, même dans ses pires monstruosités. Donald Trump n’est, après tout, qu’un pur produit de la démocratie néolibérale élu démocratiquement, dans ses excès et ses tares les plus répréhensibles. Une dégénérescence démocratique, analyserait Zola. Mais cet état de fait nécessite aussi, pour chacun d’entre nous, de déconstruire nos propres stéréotypes pour faire émerger des facettes différentes de ce que nous attendons d’une personnalité politique : le courage (et sa version non-genrée), évidemment, mais aussi l’humain, l’empathie et la bienveillance, par exemple. Il nécessite aussi que nous nous questionnions sur le monde et les valeurs que nous souhaitons défendre en 2018 et dans les années à venir.

Anne-Catherine Baechtel

anne-catherine.baechtel@orange.fr