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L'alchimie de la personnalité politique idéale sur les réseaux sociaux - Communication discrète
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L’alchimie de la personnalité politique idéale sur les réseaux sociaux

Spectres chromatiques

L’alchimie de la personnalité politique idéale sur les réseaux sociaux

Certains prétendent qu’il n’y a pas de « bonne » communication politique. Je devrais donc être en tort en voulant révéler ce qui, après étude approfondie de plusieurs profils de personnalités politiques sur le web et les réseaux sociaux, relève de traits saillants et d’une forme de schéma directeur généralisé (et pragmatique) d’une bonne com’pol’.

Si toute schématisation est toujours une réduction de la complexité de la réalité (par exemple la distinction entre la personnalité à l’américaine de celle de la « vieille » Europe), la synthèse ne me semble pas moins nécessaire, pour essayer ensuite de distinguer, à partir d’un système défini, les traits spécifiques, les dissonances et les ressemblances des hommes et femmes politiques dans les profils virtuels qu’ils érigent d’eux-mêmes.

Le point de départ : un post Facebook d’Inigo Errejon

En août 2016, Inigo Errejon, le n°2 du parti Podemos, hyperactif notoire des réseaux sociaux, publiait ce schéma pour présenter la situation du gouvernement espagnol, et l’impasse problématique dans laquelle il se trouvait selon lui.

Rendant à ce « César » ibérique ce que je lui dois (ainsi qu’à mes lointains cours de physique-chimie), je me propose de présenter un schéma semblable pour le communicant politique tel qu’il existe (et qu’il est susceptible d’exister idéalement sur les réseaux sociaux). Pourquoi le choix d’un spectre chromatique ? D’abord parce que cette image simple est universelle, et qu’en cela elle est immédiatement reconnaissable (d’où la pertinence à l’utiliser pour Inigo Errejon : la situation est clairement décrite, et exprimée émotionnellement selon les codes du web : l’émoji et l’abréviation WTF). Ensuite parce que contrairement à ce qu’on pourrait penser, la communication politique n’est pas une affaire de bobos bouffis geeks et dégaineurs de smartphones. Il y a de la réflexion, du doigté et de la finesse à communiquer politiquement sur les réseaux sociaux, et faire le « buzz » n’est pas forcément l’objectif d’un communicant politique. Je postule en effet que ce jeu de hasard et de miroirs se gagne surtout sur la durée et la patience.

Voici donc le schéma auquel j’aboutis, suite à mon observation de la communication politique actuelle sur les réseaux sociaux.

Proposition : la personnalité politique 2.0 en image

personnalité politique compol

Je propose de distinguer trois grandes notions essentielles pour construire une personnalité politique. Essentielles et non-réductibles. Si l’on perd l’une des notions, l’on obtient une personnalité politique bancale sur les réseaux sociaux (ce qui ne signifie pas que médiatiquement cette personnalité sera tronquée, car je distingue ici les médias traditionnels du profil politique web… Pour la plupart, il me semble, même si je peux me tromper, que les personnalités politiques actuelles sont plus connaisseuses du monde journalistique que de celui du numérique et des RS à l’heure actuelle)

1. L’HUMAIN : personnalité et vie publique 

L’humain, c’est ce qui donne de la chair à un homme ou une femme politique, ce qui lui attribue une consistance et une identité caractérisée sur les réseaux sociaux et quelque chose de l’ordre de l’ADN. Pourquoi est-ce essentiel ? Parce qu’on a besoin, encore plus sur un espace virtuel déréalisé, de donner une forme au politique, de le voir s’incarner. Faudra-t’il donc partager ses photos de vacances à Punta Cana ? C’est plutôt déconseillé (à moins que vous vouliez obtenir les foudres de vos héroïques administrés travailleurs, ou que vous souhaitiez relancer le tourisme en République dominicaine). Il ne s’agit pas ici d’artifice et de bling-bling vantard ou de luxe. Il faudra bien plutôt mettre en avant ce qui suscite l’empathie dans une forme de vie publique qui révèle une part du privée (un privé qu’on accepte sciemment de rendre public). Pour cela, il y a peu de recettes communicantes : la principale reste la sincérité (une sincérité construite communicationnellement certes, mais fondamentale) à laquelle l’on pourra ajouter une adéquation avec les attentes (et l’imagination) du public. La passion pour « Chasse et Pêche » ou Star wars, le goût invétéré pour le shopping ou la lingerie, le hobby culinaire… Tout est susceptible d’être accepté sur internet et les réseaux sociaux tant que c’est un choix assumé et revendiqué. Car personne n’est pur esprit : Mens sana in corpore sano et les potentiels électeurs ont besoin de le savoir.

2. CONCEPTS et IDÉAUX : idées et positions politiques 

Un homme politique sans prises de positions nettes, c’est un peu comme un plateau de fromage sans munster : ça manque de (bon) goût. Le consensus et le « plaire à tout le monde » ont beau dos, il y a toujours un moment où il est nécessaire d’imprimer une ligne directrice et encore plus nécessaire de ne pas en changer (si possible, même si l’on pourra m’indiquer qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis). C’est que l’on attend de l’homme politique une ossature idéologique claire exposée avec pédagogie, qui porte ses actions et est cohérente avec sa personnalité, est défendue au quotidien, et qui soutient son rapport au monde et la façon dont il scrute et réagit à l’actualité.

3. ACTIONS : protocole, quotidien institutionnel

C’est la partie préférée des personnalités politiques actuelles : à suivre leurs comptes twitter, l’on peut quelquefois retracer tout leur agenda heure par heure. Est-ce nécessaire ? Pour l’heure, cela apparaît plutôt comme un parti pris normalisé par les deux-tiers des communicants politiques, sans réelle réflexion (à force de s’entre-copier pour être plus présent sur le web). Est-il en effet nécessaire de « tout montrer » et de recréer une forme de « où est Charlie ? » à suivre quotidiennement par les internautes ? C’est contestable. Quelle est l’utilité par exemple des tweets « en assemblée / conseil municipal / commission » avec le selfie sur place ou les dossiers à l’ordre du jour ? Qu’y répondre ? Que nous sommes fiers, en tant qu’administrés, de voir que nos élus répondent présents à leurs réunions (et vaquent à leurs devoirs) ? Une personne travaillant à la chaîne fait-elle un selfie d’elle devant ses machines chaque matin indiquant « au travail » ? N’est-il pas normal de la part d’un élu d’assister à de telles séance ? L’essentiel n’est-il pas, en revanche, le résultat de sa présence : le vote et l’ensemble des décisions prises par son biais ? Donner du sens et du pragmatisme et montrer l’action politique de sa décision par le vote à sa mise en oeuvre : n’est-ce pas cela aussi, qu’il faut mettre en lumière dans le cadre d’une politique ?

L’autre danger d’une communication politique trop zélée intervient quelquefois aussi lorsqu’il y a « surpolitisation » d’un événement. Toute sortie, tout événement, ne nécessite pas forcément des commentaires politiques explicites : la présence du politique fait foi et (dans l’idéal) n’est pas contrainte. Rajouter un message revient à en réduire l’efficacité, la photo et la mention objective de l’événement en question seule faisant déjà oeuvre communicationnelle. Exemple : si une personnalité politique se rend à la Gay Pride, sa présence (photographiée) sous-tend forcément un soutien à l’ensemble de la communauté LGBT et il ne sera pas forcément pertinent d’ajouter « je soutiens la cause LGBT, le mariage pour tous… et voici pourquoi je suis à la Gay Pride ». En revanche, une remarque spontanée et enthousiaste sera bien plus pertinente « fier de participer à cette grande fête (sous-entendu « qui promeut les valeurs qui sont les miennes ») » car elle implique le politique en tant personnalité (dotée de sentiments et d’émotions) en adéquation avec ses idées, ses convictions, et en action pour les défendre (donc les trois couleurs sont réunies : l’alchimie est réalisée). Par ailleurs, la personnalité politique gagne à se mettre en retrait et à mettre en avant les autres, nécessaires à toute action dans la cité, et qui potentiellement sont susceptibles de soutenir ses idées et de les réaliser (le grand sujet de l’humilité, vraie ou fausse, en politique). En se cachant, en remerciant l’autre, il renforce le lien avec lui, démontre que toute action est impossible seul et encourage à faire communauté avec lui.

Ce qui contredit ce système :

  • la personnalité politique comme « monarque »
    Particulièrement en France, l’homme ou la femme politique a un devoir d’exemplarité qui s’étend jusqu’à ses loisirs et limite les épanchements sur sa vie « publique » privée. Nicolas Sarkozy passera donc son temps libre à écrire (une passion qui s’est emparé de lui et lui a permis de rédiger entre autres chefs-d’oeuvre Tout pour la France) et à lire des classiques tels qu’Hemingway (La Princesse de Clèves… bof). François Hollande, lui, ne partagera presque rien, hormis les victoires ou les nécrologies étatiques, ce qui réduit l’humain à néant… mais du moins cette paralysie communicante ne nuit pas à « la sacro-sainte figure de chef d’État », même si elle ne la fait pas exister. Le risque principale de manifester trop d’humain pour un politique : se réduire politiquement et se décrédibiliser en devenant une personnalité purement médiatique et bling-bling, superficielle car sans idéal politique à défendre. Le risque de ne manifester aucune humanité : aucun citoyen ne suivra une pure idée si elle n’est pas portée par une personnalité et une conviction humaine, avec ses tensions, ses erreurs, et tout ce qui la rend imparfaite. En un mot : ce qui en fait notre égale et suscite une émotion en nous.
  • l’intégration de ce schéma dans une stratégie globale et planifiée
    Il y a la personnalité politique telle qu’elle est et il y a celle que l’on souhaite la montrer. Il peut quelquefois être nécessaire de ne pas céder à certaines volontés d’égocentrisme et de mégalomanie (en particulier photographiques) tant appréciées d’une partie des personnalités politiques, et d’en cacher ou d’en subvertir les mauvais côtés, dans une stratégie globale de refonte de son image. Le cas de Nicolas Sarkozy est tout à fait révélateur d’une évolution à ce sujet. De l' »Hyperprésident » du trop : trop actif, trop présent, trop bling bling, l’on est passé à une stratégie de la mesure et de la réflexion : moins d’activité sur les réseaux sociaux, et des photographies plus graves et plus ternes, stratégie qui cependant ne l’a pas servi, car son image communicante ne correspondait plus à sa personnalité.

Conclusion : il n’y a pas de recette, mais des milliers de tableaux différents

C’est peut-être excessif comme point de vue mais si l’on prend la communication politique web pour un art (dans la justesse et la finesse qu’elle nécessite sur différents plans, autant visuels que rédactionnels), il semble qu’on n’arrive jamais à trouver la recette miracle. Dès lors, il s’agira plutôt de trouver le juste éclairage de la personnalité réelle, la manière la plus réaliste (et le réalisme est déjà une transformation) de le peindre, et celle qui correspond le plus sincèrement à la personnalité propre de l’homme ou de la femme politique. La personnalité virtuelle du politique n’est pas forcément une recette parfaitement réalisée par de brillants énarques, lisse. Pour lui insuffler de la vie, il faut lui donner des limites, des enthousiasmes, des passions. Elle est une peinture continuellement in progress, à laquelle chaque post, chaque snap ou tweet ajoute une coloration particulière, et construit l’image erronée, communicante, de la personnalité politique réelle. La stratégie du communicant n’est alors pas forcément d’en faire un chef-d’oeuvre, mais d’opérer l’alchimie entre les attentes du public et la réalité de l’homme ou de la femme politique, usant pour cela des couleurs de sa palette, sans céder à la tentation du « culte du moi » et d’un « egomedia«  si facilement réalisable sur des médias aussi individualistes que les réseaux sociaux actuels. Quels sont les personnalités politiques actuelles les mieux représentées aujourd’hui ? À suivre…

Anne-Catherine Baechtel

anne-catherine.baechtel@orange.fr