En haut
Adam Scotti, l’œil de Justin Trudeau - Communication discrète
fade
3975
post-template-default,single,single-post,postid-3975,single-format-standard,eltd-core-1.0,flow | shared by themes24x7.com-ver-1.0,,eltd-smooth-page-transitions,ajax,eltd-grid-1300,eltd-blog-installed,page-template-blog-standard,eltd-header-vertical,eltd-sticky-header-on-scroll-up,eltd-default-mobile-header,eltd-sticky-up-mobile-header,eltd-dropdown-default,eltd-light-header,wpb-js-composer js-comp-ver-4.9.2,vc_responsive

Adam Scotti, l’œil de Justin Trudeau

Kaléidoscope de Justin Trudeau_ Scotti

Adam Scotti, l’œil de Justin Trudeau

Derrière tout homme politique 2.0, il n’y a pas seulement une femme (ne lui ôtons pas sa place, même si elle fait souvent office de triste potiche). Il y a un grand photographe. Adam Scotti est de ceux-là. 

Photographe-communicant politique ?

On dit d’Adam Scotti, dans l’un des seuls articles qui font référence à son oeuvre, qu’il dessine la silhouette du premier 1er ministre canadien à l’ère d’Instagram. Indéniablement, Justin Trudeau, l’homme politique vers lequel il tend son objectif, existe par son image : une image lisse, people, mais parfaitement maîtrisée, avec ses codes qui s’établissent au jour le jour, et qui sans doute deviendront demain les lignes de construction générale de l’image médiatique de la personnalité politique.

Il y a un style Trudeau-Scotti, comme dans un autre registre, et de manière différente, il y avait un style Obama-Souza (Souza d’ailleurs dont le compte Instagram fait parler de lui, depuis qu’il ironise délicatement sur l’actualité politique de Donald Trump). L’objectif ? Capter sur le vif des instants éclatants (façon émail diamant) de sincérité, et les présenter comme des photos spontanées, vibrantes d’humanité, d’hommes politiques qui bien souvent sont d’abord de fins stratèges à la Machiavel.

Évidemment, comme toujours en politique, la photo a du sens, et donne à voir une part seulement de la réalité. Laquelle ? On a longtemps minimisé le rôle et l’impact d’une bonne photographie sur les réseaux sociaux, en privilégiant la temporalité (la diffusion quasi-instantanée) sur la qualité. Du moins l’on en est (le plus souvent) resté, en France, à l’immortalisation de jolis rubans avec le sourire franc et figé face au photographe : une forme de nature morte composée et sans relief qui présente de jolies brochettes de costumes bleu marine enrubannés dans leur nœud de cravate. Bien sûr, l’on regarde l’objectif de face pour bien montrer que l’on prend la pose, dans cet exercice protocolaire exemplaire.

Autre exemple, un joli rang intimidé, ne sachant trop que faire de ses bras :


L’on félicitera néanmoins les communicants de nos politiques français pour l’attention particulière qui a été prise de cacher tout type d’aliment consommable (pause café sans café), ce qui a toujours pour effet de transformer la photo d’une rencontre en banquet orgiaque (et à questionner les dépenses de campagne, dans un contexte plutôt ouvertement austère dans ce domaine.). Certes, l’on pourra m’opposer que des photos protocolaires, l’on en trouvera également sur les réseaux de Trudeau, mais les clichés qui ont marqués les esprits sont d’un autre ordre, et obéissent à d’autres codes.

Ils prennent appui sur une réalité que l’on avait oublié, et qui pourtant est prégnante à l’ère des réseaux sociaux : toute photo transmet un message, et dit quelque chose du personnage portraituré. Tout selfie, jusqu’à l’absurde, a un sens, encore plus pour l’homme politique, qui est aussi une personnalité qui défend une image, idéalement en adéquation avec ses valeurs et particulièrement le versant humain qu’il souhaite montrer.

La ligne photographique de Scotti

Les photos d’Adam Scotti ont deux particularités :

  • l’absence de la personnalité politique au premier plan.
  • l’interaction : la personnalité politique ne vit pas comme une entité solitaire, mais entourée d’autres citoyens avec lesquelles elle construit et structure des liens.

L’homme politique au second plan ?

Les photos de Scotti répondent implicitement à l’une des grandes critiques faites aux personnalités politiques : celles d’un égocentrisme exacerbé. Le Premier Ministre se distingue de la foule, tout en étant partie intégrante d’elle. En voici l’un des exemples récents :

Ici le premier plan est monopolisé par les militaires, et au centre de la photo, mais en second plan, apparaît Trudeau, ombre familière du fond mise en valeur par les lignes de fuite, en action, en train de parler à l’un des soldats. Pas de gravité extrême, même dans ce contexte militaire, puisque le personnage principal de cette image « prise sur le vif » semble sourire, en parlant à l’un de ses compatriotes.

Dans ce cliché, l’homme politique n’est plus central non plus : l’on reconnaît sa stature, sans voir son visage. Le mémorial et la commémoration sont plus essentiels que l’homme, qui s’efface face à la solennité de l’événement. Il existe déjà par sa déclaration écrite et les réseaux clairement définis, pourquoi ajouter une présence excessive de l’ego ? Au contraire, à s’effacer ainsi, à se placer en second plan, Trudeau y gagne, puisqu’il ne met pas en avant sa propre personne, mais l’histoire et ces morts qui l’ont écrite, qui lui sont supérieurs.

Sur cette photo, plus encore, la citation tend à effacer tout en mettant en valeur la personnalité politique. L’homme n’est plus essentiel, ce sont les valeurs qu’il porte et les idées qu’il défend (soit ici la cause de la communauté LGBT, symbolisée par le drapeau) qu’il montre sur ses réseaux sociaux à travers la photo.

L’interaction et le geste vers l’autre d’abord

L’on pourra donc s’interroger sur ce que ce type de communication souhaite montrer. Justin Trudeau aurait en effet pu se cantonner à de jolies photos de face, qui mettent en avant un certain charisme et son côté Ken(neddy) de la politique. Ce n’est pas l’angle qui a été choisi, et ce n’est pas sur la valorisation de son ego que mise Adam Scotti pour réussir ses photos. De fait, la beauté ou le charisme du politique ne prime pas, mais plutôt son interactivité avec d’autres personnes : sur la photo ci-dessus, ce qui apparaît principalement, c’est la poignée de mains de Justin Trudeau avec cette petite fille, et le fait qu’il se mette à son niveau, en s’abaissant. Comme toujours, le premier plan n’est pas occupé par le politique mais par une tête de petit garçon.

De la même manière, lors de ce rendez-vous, la traditionnelle photo de discours est détournée : Justin Trudeau est photographié dans une posture passive, attentive et à l’écoute d’une autre personne qui intervient. En premier plan, un jeune garçon regarde le photographe et donne au cliché un caractère joyeux et spontané, malgré la posture très guindée de l’une de ses camarades.

À travers ses photographies, Adam Scotti construit ainsi un rapport de proximité, d’intimité voire de complicité avec le spectateur. La personnalité politique n’est pas montée sur un piédestal ou au dessus de la masse : elle en fait partie, et s’intègre en elle, et sait faire preuve d’écoute. Évidemment, tout cela n’est… « que de la communication », et n’omettons pas que tout jugement politique serait purement fortuit. Néanmoins, le résultat de cette mise au point photographique et communicationnelle parfaitement taillée sur mesure de Trudeau a indéniablement réussi : la honeymoon continue encore plus d’un an après l’arrivée au pouvoir de ce fils de ministre… pour combien de temps ?

Anne-Catherine Baechtel

anne-catherine.baechtel@orange.fr